
(pastel de V. De Saint Vaulry)
Lorsque Jemy est arrivée à la maison, elle m'attaquait. Nos deux premières rencontres n'avaient pas été cordiales et elle m'avait plutôt fait peur qu'autre chose. Mes années "club" ne m'avaient rien appris en matière de psychologie équine et m'avaient plutôt forgée dans l'idée qu'un cheval agressif est un cheval dangereux et qu'il faut à tout prix l'éviter....
Un ami féru d'équitation américaine et de la méthode "Parelli" (cela fera l'objet d'un autre article), qui élève des quarter horses est venu la voir et m'a dit qu'elle était bien trop dangereuse, qu'il fallait que je m'en débarasse au plus vite pour ma sécurité. Hum...... je venais de la sauver de la boucherie ce n'était pas pour l'y emmener quand même....
Lors d'une de nos tentatives d'approche dans le pré elle m'a foncé dessus, j'ai reculé. Notre ami s'est fâché et m'a dit de sortir immédiatement du pré puisque j'avais peur ! J'avoue avoir été très vexée..... mais je pense que c'est là qu'est venu le déclic : toutes ces années d'équitation m'avaient induite en erreur et il fallait que je reprenne tout depuis le début.
Je me suis donc penchée sur ces méthodes des nouveaux maitres, sur ce travail que l'on fait à pieds uniquement, j'ai commencé à amorcer ce travail sur Jemy et surtout sur moi, mais je me suis vite rendue compte que l'autorité n'était pas mon fort et surtout, toute tentative autoritaire rendait Jemy complètement sourde et braque. J'ai quand même continué, tout en voyant ma peur peu à peu s'estomper jusqu'au jour où Jemy s'est cabrée et a commencé à se cabrer dès que je m'approchais d'elle. Déclencher le cabrer d'un cheval signifie qu'on l'a poussé au dela de sa limite, que l'on a pas su s'arrêter à temps, repérer les signes qu'il nous adressait.
Le cheval est un animal instinctif car dans la nature c'est une proie, grégaire car il aime vivre en groupe et se sent "perdu" s'il quitte son groupe, ce qui peut donner lieu si on pousse sa peur trop loin à de belles figures de style.
Découragée, j'ai quand même cherché à trouver d'autres points de vue sur la psychologie du cheval, et j'ai découvert Véronique de Saint Vaulry. Cette championne de TREC écrit des livres sur la communication avec le cheval, des chroniques dans cheval magazine, elle photographie, peint et sculpte des chevaux (
www.saintvaulry.com) mais surtout elle a une approche très sensible et très fine de la psychologie équine.
A la lecture de ses livres "communiquer avec son cheval" et "quand le cheval a peur", peu à peu le brouillard s'est dissipé, j'y ai appris entre autres qu'une cavalière anxieuse et stressée devait absolument éviter de cotoyer un cheval anxieux et de surcroit irrespectueux, c'était mal parti pour Jemy et moi.....
J'ai compris que Jemy est une jument extrêmement sensible, très très peureuse,brutale dans ses mouvements, mais aussi avec une pointe de fierté qui lui fait refuser l'autorité brutale.
Petit à petit, à travers de longues heures passées à observer ma jument, à "jouer" avec elle, à potasser dans des livres, j'ai fini par comprendre que nous pouvions nous entendre toutes les deux, mais pas en la soumettant à des choses qu'elle refuse, mais en lui faisant comprendre que si elle coopère avec moi, elle y gagnera beaucoup. Attention, cela ne veut pas dire que je la laisse faire ce qu'elle veut ! Je lui demande des choses simples : de respecter mon espace personnel afin que je ne sois plus en danger quand elle a peur, de reculer sur demande, d'être à mon écoute et non à celle de tout ce qui se passe autour quand nous nous balladons à pieds, etc... En contrepartie, elle a droit à ce qu'elle estime être le confort : ne rien faire pendant quelques minutes, être gratouillée sous les oreilles, être amenée dans les meilleurs endroits pour brouter, etc...
J'avoue que la première fois qu'elle est accourue au galop, laissant sur place ses congénères, quand je l'ai appelée, une petite larme d'émotion a coulé....
Je ne monte pas beaucoup car je n'ai pas le temps mais de temps à autre, je grimpe sur son dos, à cru car elle déteste la selle, juste avec son licol de corde car elle déteste le mors, et nous jouons, nous jouons à reculer sur simple mouvement du bassin, à s'arrêter juste en mettant le regard au sol, à partir au trot comme si nous étions poursuivies pour s'arrêter quelques foulées plus loin, à tourner sans toucher à la corde, etc...
Aujourd'hui nous avons de bons moments toutes les deux, nous partageons une belle histoire d'amitié réciproque mais j'ai encore tellement à apprendre sur les chevaux, sur le petit signe que je ne vois pas et qui pourrait éviter de grandes erreurs, cest pour ça que je pars en stage chez un éthologue ce week end !